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Cher Monsieur,
Je vous remercie de ce courrier que je reçois ce matin de votre part et qui me touche beaucoup.
Il me touche parce que vous avez noté que la question dont vous traitez m’est très sensible et que les années qui passent, au lieu de me servir à oublier m’ont été très utiles pour "savoir" davantage en allant si possible au fond des choses, des événements, des personnes.
Je me borne à une comparaison simple qui devrait tomber sous le sens de chacun.
Quand je lis une phrase aussi compassionnelle que celle-ci :
"Souvent il n’ y a pas de dialogue parce que certains sont figés dans leurs concepts passéistes, dogmatiques, idéologiques, au nom de valeurs pour certaines dites universelles, d’ autres patriotiques, ou bien les deux à la fois."
il conviendrait, par honnêteté intellectuelle d’appliquer ce constat, non plus à ce qui s’est passé il y a 45 ans en Algérie mais à ce qui s’est passé sur le territoire français lui-même il y a ... 67 ans !
Les grands esprits galonnés de diplômes, de titres, de gloire ou simplement épris de vérité et de souci d’exactitude historique offrent une extraordinaire disponibilité et une souplesse mentale vertigineuse pour délivrer des appréciations et des estimatioins sur ce qui fut fait de bien ou de mal dans chaque camp autour de la Guerre d’Algérie.
Le Café du Commerce est un véritablement bourdonnement de ruche et tous les avis s’y côtoient. De grandes âmes évoquent le massacre de 150.000 Harkis en confessant mais avec une profonde contrition qu’en réalité le Général ne voulait pas cela et qu’il fit cette omelette et ce génocide parce que seuls les manchots se tirent de politique les mains propres. Du reste ce fins comptables ne craignent pas de contester le chiffre de 150.000 en posant un autre chiffre : Certains spécialistes avancent 80.000, d’autres 100.000. Nous voilà presque rassurés ... Il y a toujours des orfèvres en dramaturgie pour exagérer les dégâts, surtout dans les accidents des autres ...
Ils vous prennent à témoin les mains au ciel en vous faisant admettre qu’à l’évidence ce million de Français en Algérie n’avait plus rien à y faire et que trois départements français au delà de la mer étaient une absurdité tandis que la présence aujourd’hui de 14 millions de musulmans en France menés par une foi qui enseigne la conversion de l’infidèle, par le fer si besoin, n’entame en rien leur merveilleuse quiétude.
Comme vous le dites si sagement " parfois l’incompréhension tient à peu de choses".
La fusillade du 26 Mars aurait donc été organisée en réalité par des gens de l’OAS qui voulaient commettre l’irréparable, comme si l’irréparable n’avait pas été déjà accompli et ne trouve-t-on pas aujourd’hui ici et là des coupeurs de cheveux en quatre pour expliquer que George Bush a organisé en personne la journée mémorable du 11 Septembre. Dans la foulée la haine des juifs est telle chez certains que la version d’une Shoah imaginée et organisée par les juifs eux-même trouverait certainement un public inattendu !
Toute la foule du 26 Mars était membre ou sympathisante de l’OAS et chaque membre et combattant de l’OAS comptait un ami ou un parent parmi cette foule qui avait été ciblée en haut lieu pour être une fois pour toute mitraillée de telle manière que la leçon reçue calmerait radicalement les tentatives de récidive. La peine de mort a beau ne pas être dissuasive, c’est fou ce que le spectre de la mort devient utile quand les décideurs ont vraiment besoin de faire passer en une seule fois un message !
La discussion et la contestation battent donc son plein - ou leur plein ! - autour de la Guerre d’Algérie et de parfaits honnêtes gens qui lisent très clairement ceci :
"Vive l’Algérie Française !" - "A quelles hécatombes ne conduirions-nous pas l’Algérie si nous étions assez lâches et assez stupides pour l’abandonner ?" - " Moi vivant, jamais le drapeau fellagha ne flottera sur Alger".
trouvent à dire qu’en politique il est parfois utile de mentir et que venant d’une gloire aussi immortelle que celle dont il est question, il serait injurieux de penser qu’il ait tant menti, tant bradé, tant massacré en pensant à mal !
Cité par Alain Peyrefitte, l’humaniste de Colombey donne au Petit Clamart sa seule victime avec un raisonnement qu’il est intéressant de considérer sous son aspect psychiatrique :
"Chaque peuple doit avoir ses martyrs. Encore faut-il qu’ils soient dignes de cette fonction. Un de ces imbéciles de généraux qui jouent au ballon dans la cour de la prison de Tulle n’aurait pas fait l’affaire. Bastien Thiry avait quelque chose de romantique. Ce sera un bon martyr".
En français dans le texte !
Cher Monsieur Garcia, si vous vous demandez pourquoi personne n’a jamais demandé à Klaus Barbie s’il avait trouvé Jean Moulin "romantique", vous vous souviendrez que s’agissant des faits qui datent de 67 ans il existe une loi qui a dicté une vulgate qui fait taire les bavards et que s’agissant des faits qui datent de 45 ans, les victimes agissantes, survivantes et non mentalement neutralisées ont simplement décidé d’entreprendre à leur profit ce que les juifs et les arméniens ont, à juste titre, accompli au leur.
Ainsi, lorsque cette loi aura établi que sans la duperie de Charles De Gaulle auprès de l’indispensable général Salan qui le remit en selle, il sautera aux yeux de tous que le Lieutenant Degueldre aurait aujourd’hui 82 ans et Bastien Thiry 80 et qu’à votre imitation ils jouiraient en famille d’une retraite sans doute heureuse et méritée.
Cette loi permettrait aussi d’être dispensés des truismes et autres lieux communs dont la fulgurance échappe malheureusement aux esprits plats des victimes qui se souviennent, truismes du style, je vous cite :
"Ainsi, Faire l’histoire c’est de déterminer la conception de son avenir, au sein d’une nation C’est l’homme qui fait l’histoire, mais, sans histoire l’homme ne serait rien." La mauvaise littérature pour parler des camps de la mort ou des harkis ébouillantés mérite à coup sûr qu’une loi puisse tempérer les talents et les fers dans les plaies ... Bien cordialement.
G.R.
Cher Monsieur Je suis touché par l’ attention que vous me portez. Comme je l’ ai écrit je ne suis qu’ un humble citoyen ignorant qui ne connaît rien à la philosophie.
Vous me citez Platon "Le sage parle parce qu’il a quelque chose à dire, le fou parce qu’il a à dire quelque chose".
Je vous reconnais la qualité d’ érudit et je m’ accorde si vous le souhaitez celle du fou qui a à dire des choses.
Des choses qui dérangent peut être mais qui ont le mérite de secouer les consciences. Bien cordialement Claude Garcia
Original Message ----- From : claude To : claude ferra Cc : Paul SORIA ; algerianie@free.fr ; arnau.jose@gmail.com ; CUESTA Hervé ; edgard.attias@free.fr ; eric.h.wagner@wanadoo.fr ; gagomez@club-internet.fr ; Jean Pierre ERNST ; Jean-Marie SCHLUMPF Sent : Friday, August 24, 2007 9:34 AM
Souvent il n’ y a pas de dialogue parce que certains sont figés dans leurs concepts passéistes, dogmatiques, idéologiques, au nom de valeurs pour certaines dites universelles, d’ autres patriotiques, ou bien les deux à la fois.
Les uns et les autres se sont accommodés d’ entorses à la règle et sont pris au piège de leurs engagements et comme ils ne veulent pas se déjuger pour ne pas être jugés, ils n’ acceptent pas l’ évidence 45 ans après du beau gâchis dans lequel il ne se seraient pas engagés s’ ils avaient su.
Cela est vrai de part et d’ autre. Parfois l’ incompréhension tient à peu de choses,
Sans langue de bois dans un esprit d’ ouverture et non de fermeture en évitant de souffler sur la braise encore chaude. il faut Pourtant admettre qu’il y a eu des erreurs et des fautes dont sont toujours victimes les populations, et, à un moment donné, le reconnaître sans aucune justification quelque elle puisse être peut participer à l’ apaisement nécessaire de la réconciliation.
Si histoire et mémoire ne sauraient se confondre, parce qu’elles n’ont pas le même objet (ce qui n’est pas mon avis).
Les mémoires, aussi respectables et souffrantes qu’elles puissent être, sont pour l’historien au premier chef des documents historiques ; en aucun cas, elles ne peuvent prétendre se substituer à la vérité historique.
(à mon avis), Pour peu que les historiens ne soient pas que des historiens romanciers de l’histoire qui écrivent l’Histoire comme on écrit un roman ou comme l’on raconte des histoires, mais au contraire de vrais chercheurs le prouvant à partir de vraies archives consultables par tous les autres (d’où l’utilité d’une commission d’enquête parlementaire droite gauche genre Outreau)..
D’autres, se reconnaissent entre eux selon des Maîtres à penser ou Philosophes. Ils établissent un ordre hiérarchique de référence ou sensibilité idéologique qu’ils répercutent en cascades, afin, de faire croire que ce qui a été dit est la vérité parce qu’étant celle du plus grand nombre.
Ainsi, Faire l’histoire c’est de déterminer la conception de son avenir, au sein d’une nation
C’est l’homme qui fait l’histoire, mais, sans histoire l’homme ne serait rien.
Je ne suis qu’un humble citoyen ignorant parce que ne connaissant rien à la philosophie (Socrate, Platon etc) ni à la psychanalyse (Freud Halbwachs ect) ...mais qui cherche à comprendre et avec moi les lecteurs de ce site.
Voici ma compréhension des événements :
Comme je l’ai écrit l’Algérie Française était une Utopie à mon avis pour deux raisons :
1° parce que dans le contexte de décolonisation, le droit à la liberté des peuples était légitime et inéluctable ...
2° parce que face à la montée du régionalisme, du séparatisme (Corse, Basque ou Breton) et aujourd’hui de l’islamisme la situation aurait été insoutenable et intenable.
Dans le conflit franco allemand les choses sont "simples" Il y a eu un vainqueur et un vaincu le vaincu a reconnu ses torts.
Dans le conflit franco algérien les choses sont différentes et bien plus complexes parce qu’il n’y a pas eu de vainqueurs ni de vaincus, que la supposée victoire des uns n’est pas celle des armes, mais de faits politiques que certains qualifieront de trahison.
Qu’est ce qui a conduit à ces états de faits ?
Les conditions dans lesquels sont survenus la cessation des hostilités(Accords d’EVIAN, cessez le feu unilatéral du 19 mars 1962, bradage, bâclage et précipitation).
Qu’elles sont les responsabilités ?
Responsabilités d’états et du gouvernement d’alors.
Qui sont les victimes ?
Les peuples. J’attends les preuves contraires.
Citations de Gaston Monnerville :" La vision de De Gaulle n’était pas tellement lucide".
En 1958, il joue un rôle important dans le retour du Général De Gaulle au pouvoir en se rendant avec André Le Troquer à Saint-Cloud pour un entretien sur les modalités de l’investiture du Général et le respect de la Constitution.
Il consent (Gaston Monnerville) à l’indépendance de l’Algérie en 1962 et s’oppose à la marche vers l’indépendance des territoires d’outre-mer. Paradoxe. Pourquoi ??
Lorsque le général de Gaulle propose l’élection du président au suffrage universel direct, Monnerville entre dans une opposition définitive à la Vème République.
Si l’on a retenu son opposition à de Gaulle, on oublie parfois que Gaston Monnerville a participé au retour au pouvoir du général.
Lorsqu’en 1958 le président René Coty envisage de rappeler l’ermite de Colombey", il lui envoie deux émissaires, les deux présidents des assemblées, André Le Troquer et Gaston Monnerville, qui le rencontreront nuitamment à Saint-Cloud. Les relations entre le président du Sénat et le général de Gaulle ne tarderont pas à s’aigrir lorsque ce dernier refusera de solliciter l’investiture de son gouvernement.
Si ce n’est une forfaiture, c’est pour le moins, aux yeux de Gaston Monnerville, une mauvaise manière.
Plus tard il aimera rappeler : "Le fils d’outre-mer que je suis doit tout à la République, c’est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue nous apporter la dignité et la culture. C’est elle qui m’a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis."
A méditer
Claude Garcia
André Le Troquer extraits assemblée nationale .fr et Wikipedia
Homme politique français, il fut avocat socialiste, président de l’Assemblée nationale du 12 janvier 1954 au 10 janvier 1955 et du 24 janvier 1956 au 4 octobre 1958.
Élu député de Paris en 1936, il siège à l’Assemblée nationale de 1945 à 1958.
Il siège à l’Assemblée consultative d’Alger avant d’être nommé commissaire à la Guerre et à l’Air puis commission délégué à l’administration des territoires métropolitains libérés. Il est aux côtés du Général de Gaulle à la libération de Paris et descend à ses côtés les Champs-Élysées en août 1944.
En 1946, il devient ministre de l’Intérieur du 23 janvier 1946 au 2 juin 1946 dans le gouvernement Félix Gouin et ministre de la Défense nationale dans le 3e gouvernement de Léon Blum du 13 décembre 1946 au 13 janvier 1947. Vice-président de l’Assemblée nationale, il est président par intérim du Congrès à Versailles lors de l’élection de René Coty à la présidence de la République en décembre 1953.
En tant que président de l’Assemblée nationale, il joue un rôle important lors des événements de mai-juin 1958 qui marquent le retour du général de Gaulle au pouvoir.
Il se rend avec Gaston Monnerville, président du Conseil de la République, à Saint-Cloud pour un entretien décisif avec de Gaulle et s’assure que son retour s’effectuera conformément aux pratiques constitutionnelles.
Il lit le message de René Coty annonçant qu’il a fait appel au plus illustre des Français et préside les séances du 1er au 3 juin 1958 (investiture de De Gaulle et pouvoirs pour élaborer une nouvelle constitution).
Battu aux élections législatives de novembre 1958, il quitte la vie politique en 1960 non sans avoir appelé les électeurs à dire « non » lors du référendum du 8 janvier 1961 sur l’AlgérieAndré
Le Troquer retrouve la présidence de l’Assemblée, qu’il occupe jusqu’aux dernières heures de la IVème République. Hostile à toute dérive bonapartiste, André Le Troquer observe avec inquiétude la crise dans laquelle s’enfonce le régime au printemps 1958.
A l’initiative du président de la République René Coty, il rencontre, dans la nuit du 28 au 29 mai, le général de Gaulle à Saint-Cloud, en compagnie du président du Conseil de la République Gaston Monnerville.
Les trois hommes constatent l’ampleur de leurs divergences ; néanmoins l’ancien chef du GPRF (de gaulle) accepte, comme le lui demandent avec insistance les présidents des deux Assemblées, de se soumettre à la procédure constitutionnelle, en laquelle il avait pourtant dénoncé une succession de " formalités périmées ".
Il (de gaulle)renonce à imposer la mise en congé du Parlement pendant une année ; bien plus, il va jusqu’à déclarer à l’Assemblée nationale, lors des débats des 2 et 3 juin 1958, "tout l’honneur et le plaisir qu’[il] ressen[t] à [se] trouver devant elle".
Mais ces aménagements de façade ne changent rien au fond de l’affaire, et c’est à André Le Troquer qu’il revient, le 3 juin à 15h15, de prononcer avec laconisme l’oraison funèbre de la IVème République :
" la prochaine séance aura lieu à une date indéterminée. La séance est levée ".
Aux élections législatives de novembre 1958, André Le Troquer est battu dès le premier tour, arrivant en troisième position derrière le candidat de l’UNR Pierre Bourgoin et celui du Parti communiste Maria Doriath, avec 6 165 voix sur 39 077 suffrages exprimés.
Sa dernière déclaration publique, faite le 4 janvier 1961, à quelques jours du référendum sur l’Algérie, ne rencontre qu’un faible écho ; l’ancien président de l’Assemblée s’y prononce pour un "non", en développant des arguments qui le placent en opposition avec la ligne de la SFIO :
"sans même attendre le résultat du référendum, il est déjà annoncé et décidé que l’Algérie aura son gouvernement, ses institutions, ses lois.
Et que restera-t-il aux autres, car il ne s’agit pas seulement de biens matériels, mais du droit même à l’existence pour 1 200 000 Français de souche européenne et de beaucoup de musulmans ?".
Après plusieurs décennies passées au faîte de la vie publique, André Le Troquer décède dans une indifférence quasi générale le 11 novembre 1963 à Andilly, en Seine-et-Oise.
à suivre